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Archives militaires : comment suivre un soldat pendant la guerre 1914-1918 grâce aux JMO ? (5/52)

Je vais vous présenter dans cet article les journaux des marches et opérations qui vont vous permettre de suivre le parcours de vos ancêtres mobilisés pendant la Première Guerre mondiale et notamment s’ils sont décédés au front d’en savoir un peu plus sur les circonstances de leur décès.

Qu’est-ce-qu’un JMO ?

Les journaux des marches et opérations (JMO) sont des cahiers qui ont été écrits chaque jour du conflit par les officiers. Ils sont plus ou moins détaillés selon les moments et les événements se passant au front…
Ils sont une source précieuse pour connaître dans le détail les combats, manœuvres, reconnaissances, itinéraires suivis, la composition du corps, les décorations individuelles …
Pour l’Armée de Terre, les JMO sont en fait constitués en 2 parties :
-Journaux des marches et opérations des grandes unités
-Journaux des marches et opérations des régiments et bataillons.

Cas pratique :

Je vais vous montrer comment utiliser les JMO avec l’exemple de Joseph Guillaume, un arrière-grand-oncle. Je sais qu’il est décédé pendant la Première Guerre mondiale à Rossignol en Belgique le 22 août 1914.

1ère étape : retrouver la fiche matricule de votre ancêtre

Cela va nous servir pour retrouver le régiment dans lequel il était affecté.
Joseph appartenait au 2e régiment d’Infanterie Coloniale en 1914 (cliquez ici pour voir sa fiche matricule)

2ème étape : utiliser Wikipedia pour situer le régiment

OK, très bien, mais qu’est-ce qu’un régiment ?
Ce tableau devrait vous aider à y voir plus clair dans l’organisation de l’armée (cela peut varier selon les années, cela doit juste vous servir de point de repère) :

Nom de l’unité Effectif Composé de Commandant
compagnie 80 à 225 adjudant-chef
bataillon 300 à 1300 2 à 6 compagnies lieutenant-colonel
régiment 3000 à 5000 2 à 3 bataillons colonel
brigade 3000 à 5000 2 à 3 régiments brigadier général
division 10000 à 15000 2 à 4 brigades major général
corps d’armée 20000 à 45000 2 divisions lieutenant général
armée 80000 à 200000 2 à 4 corps d’armée général

Un régiment était donc rattaché à une brigade.
Et il est constitué de bataillons, eux-même constituées de compagnies.

Pour connaître la liste des régiments français, je vous conseille cette page Wikipedia qui vous redirigera vers la page du régiment qui vous intéresse plus particulièrement. Cela vous permettra peut-être déjà de savoir à quelle brigade et division appartenait votre ancêtre et de connaître les batailles auxquelles il a participé.

Pour ma part, j’y apprends donc que le 2e régiment d’infanterie coloniale est aussi nommé 2e régiment d’infanterie de marine.

En 1914, ce régiment est stationné à Brest, il fait partie de la 1re brigade coloniale de la 3e division d’infanterie coloniale.
Reconstitué plus de dix fois, ayant pendant 52 mois de luttes quotidiennes près de 20 000 hommes tués, blessés ou disparus, le 2e RIC a participé à toutes les grandes batailles du conflit. Le régiment reçoit 4 citations à l’ordre de l’Armée ainsi que la fourragère aux couleurs de la Médaille Militaire. Son emblème, qui fut enfoui à Villers-sur-Semois pendant la bataille de Rossignol le 22 août 1914 (le jour où Joseph est décédé…) , est retrouvé en 1918.

3ème étape : Aller sur le site Mémoires des Hommes dans la partie consacrée aux JMO

Cliquez sur le bouton Faire une recherche.
Ensuite, je clique sur “Consulter l’état des fonds”.
(Vous pouvez également faire une recherche en texte libre dans les champs vides)

Recherche JMO

4ème étape : Consulter le journal des marches et opérations des régiments et bataillons

Puis je clique sur “Armée de terre”, puis sur “Journaux des marches et opérations des régiments et bataillons”.
Puis sur “Consulter l’instrument de recherche”.

JMO

Je clique ensuite “Régiments et bataillons”, puis je recherche dans le bon menu le régiment qui m’intéresse.
Vous pouvez ensuite cliquer sur “Consulter les images” et lire les pages qui vous intéressent.

JMO

Extrait JMO 1er RIC

Extrait du JMO du 1er RIC du 07/08/1914 au 12/05/1915 – site Mémoire des Hommes

Le JMO du 2e régiment d’infanterie coloniale n’existe pas, comme d’autres JMO, ils ont peut-être été détruits pendant la guerre ou ils sont stockés dans le grenier d’une famille d’un ancien soldat …

5ème étape : Consulter le journal des marches et opérations des grandes unités

Ces journaux ont été rédigés par des soldats plus gradés qui décrivaient la guerre pour une brigade, une division ou même une armée.

Si vous êtes sur la page des JMO des régiments, vous pouvez cliquer en haut à droite sur “Retour état des fonds”.
Puis sur “Journaux des marches et opérations des grandes unités” puis sur “Consulter l’instrument de recherche”. Cliquer ensuite sur le menu qui vous intéresse selon la brigade, division ou le corps d’armée auxquels est rattaché le régiment de votre ancêtre.

JMO grandes unités

Je trouve le JMO de la 1ère brigade d’infanterie coloniale. J’y apprends que le 2e régiment est parti le 8 août de Brest.

A la date du 22 août est écrit :

Ordre est donné le 22 août de reprendre la marche avec les mêmes dispositions que la veille […] La division devait passer rapidement par la grande route sur Neufchâteau qu’on pensait atteindre sans rencontrer autre chose que quelques patrouilles de cavalerie.
La situation des hommes était assez précaire. Ils étaient fatigués par deux marches de nuit consécutives, séparés par une journée au cours de laquelle ils avaient manœuvré à travers champs, par une température très chaude. Ils n’avaient d’ailleurs par eu le temps de préparer des aliments chauds le soir du 21 avant le départ de Meix. La distribution des vivres n’avait pas pu se faire à l’arrivée à Saint Vincent, et ne fut faite que partiellement et dans des conditions très difficiles avant le départ du 22.

Le suite du récit raconte cette journée effroyable, l’avancement difficile, la rencontre avec l’ennemi, l’écriture n’est plus la même …
Le 22 août est en fait le jour le plus meurtrier de l’histoire de France, 27000 soldats  furent tués …

Lire ses lignes manuscrites me fait vraiment prendre conscience de l’horreur de la guerre, des conditions de vie des soldats, du sacrifice de ces jeunes hommes et relativiser les soucis du quotidien qui n’en sont finalement pas …

Autres sources :

1) Wikipedia :

Comme cité précédemment, Wikipedia peut vous donner des indications sur le régiment de votre ancêtre, sur une bataille, vous donner des liens (indiqués sur Wikipedia en bas de page) vers d’autres sites comme le site http://www.rossignol.free.fr/ ou encore le site non officiel des Troupes de Marine

2) Les Historiques régimentaires des unités engagées dans la Première Guerre mondiale

Les historiques régimentaires sont nés de la volonté du ministère de la guerre et de l’état-major de l’armée de produire une relation des faits d’armes glorieux de chaque unité, permettant ainsi d’enseigner les traditions aux jeunes soldats et de forger un esprit de corps indispensable à la bonne tenue des unités au combat. (Extrait du site Mémoire des Hommes)

Vous trouverez le catalogue sur cette page sur le site Mémoire des Hommes. Vous aurez ensuite un lien qui vous redirigera directement sur Gallica pour consulter le document.

J’y apprends que le 2e RIC a perdu 2850 hommes le 22 août.

3) Armées Françaises dans la Grande Guerre

Voulues par le gouvernement et l’état-major afin de rappeler les sacrifices et asseoir la place de la France dans le conflit, Les Armées françaises dans la Grande Guerre sont présentées comme « l’histoire définitive de la Grande Guerre, établie d’après les journaux de marche des unités et la documentation la plus complète ».
Publiée de 1922 à 1939, cette collection monumentale présente 107 volumes où se mêlent récits, documents et cartes des opérations menées par les armées françaises en 1914-1918. Elle est l’œuvre du Service historique de l’armée, créé spécialement en 1919 pour sa rédaction. (Extrait du site Mémoire des Hommes)

Le catalogue de ces documents numérisés dans Gallica se trouve également sur le site Mémoire des Hommes.

4) Le site chtimiste.com

Vous trouverez sur ce site une mine d’informations sur les régiments, les batailles, les combats, des photos, des carnets de guerre …

5) Le site Mémoire des Hommes

Dans la partie dédiée à la Première Guerre mondiale, vous trouverez également les bases de données :
-Morts pour la France
-Fusillés (militaires et civils fusillés en application d’une décision de la justice militaire ou exécutés sommairement)
-Personnels de l’aéronautique militaire (personnels naviguant ou au sol de l’aéronautique militaire)
-pour l’Aéronautique militaire : carnets de comptabilité en campagne, des rapports techniques d’ascension, des carnets de mission et registres de vol ainsi que des comptes rendus d’opérations
-pour la Marine : les journaux de bord et de navigation et quelques documents assimilés comme les registres d’inscription des signaux et les carnets de correspondance, des bâtiments de la Flotte principale

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Archives militaires : comment utiliser les registres matricules ? (4/52)

  1. Paul-Emic

    très intéressant.
    Un petit détail de peu d’importance, mais un commandant de compagnie est plutôt un capitaine, dans certains cas éventuellement un lieutenant aguerri. Chef de section (30 hommes environ) un lieutenant éventuellement un adjudant-chef.

    • Aurélie

      Merci pour ces précisions 🙂
      J’avoue que ce n’est pas ma spécialité.

  2. PAILLEUX Mireille

    bonjour, très belle démonstration, claire et nette
    m’autorisez-vous à le publier dans le bulletin que j’édite pour le cercle de généalogie du LVL CA SA, avec la source, et envoie du bulletin à votre domicile
    merci d’avance

    • Aurélie

      Bonjour Mireille,
      Merci ! 🙂
      Pas de problème.
      Je vous envoie mon adresse par mail 😉
      Bonne journée.

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